L’écriture inclusive, pour qui, pour quoi ? … et pour moi ?

21 Avr 2020 | Articles

Ce que l’on nomme écriture inclusive, c’est la tentative, en français, de ne pas exclure le genre féminin des productions écritesCela ne concerne pas tous les mots / toutes les phrases, uniquement celles ou des personnes (humaines généralement 😉), sont évoquées. Il n’en existe pas de règles précises, mais quelques pratiques / pistes proposées… Par exemple :

  • Privilégier des mots épicènes* ou génériques, réellement neutres : l’équipe de bord plutôt que les hôtesses et stewards ; les membres plutôt que les adhérents et adhérentesenthousiastes plutôt que heureux et heureuses, … ;
  • Intégrer la forme féminine dans ou à côté du mot masculin : ceux et celles ou celleux, plutôt que ceux intégré.es ou intégré.e.s ou intégréEs plutôt que intégrés (utilisant soit le point classique, le point médian** ou encore la majuscule). Personnellement je favorise la forme avec un seul point classique et ne l’utilise que pour les variations de forme les plus courtes, ce qui me semble suffisant pour la compréhension et facilement lisible. Pour les formes plus longues, je teste différentes propositions, par exemple auditeurices, ou je contourne la difficulté en reprenant le principe précédent ;
  • Accorder au féminin selon la proximité dans la phrase ou quand les femmes sont majoritaires (joueurs et joueuses sont prêtes ; les membres sont heureuses).

Je pratique assez naturellement maintenant les 2 premiers dans mes propres écrits, et adapte au contexte pour les communications préparées pour le compte de mes clients.

Mais en fait, pourquoi ??

Photo by James Pond on Unsplash

Il s’agit d’une demande et de propositions de personnes qui se reconnaissent dans le genre féminin et qui ne se sentent pas intégrées dans la pratique de leur langue au quotidien.

Alors oui, ces tentatives d’intégration du féminin dans le neutre se font un peu au forceps et il serait probablement plus juste de dégenrer réellement le neutre, mais là, vraiment, on souffrirait tou.tes… Cela signifierait notamment créer de nouvelles formes pour tous les mots adjectifs qui ne sont pas épicènes*, effectivement il y aurait du chemin…

Pour rappel, le français est une langue vivante, elle évolue, de nouveaux mots s’invitent, certains s’éclipsent. Il en est de même de l’ensemble des pratiques de langage, ce sont des pratiques qui apparaissent puis disparaissent ou se stabilisent pour certaines.

J’avoue ne pas comprendre que certain.es y soient si farouchement opposé.es. Je comprends que tout le monde ne s’y attelle pas, ne le mette pas en pratique, que certains aient des doutes, c’est OK, c’est une proposition, un essai, une expérimentation en direct… Mais pourquoi se prononcer contre ? Où est le problème ? A titre individuel et à titre collectif, qu’est-ce que ça enlève ? Quelles libertés ça coûte à qui ? C’est une vraie question, n’hésitez pas à me répondre en commentaires.

A date la seule hypothèse qui me permette de comprendre cette opposition, considérant les éléments expliqués et rappelés ci-dessus, serait que cela demande de changer les habitudes. Ce que je peux comprendre, cela demande de l’énergie de s’adapter et de changer ses habitudes.

Je vous propose de mettre en face les raisons qui poussent ces personnes à proposer une langue française ou elles se reconnaissent, ou elles sentent que le commun les intègre. (tiens, dans ce cas, le 3ème exemple est venu naturellement !)

Je parlerais en mon nom en vous partageant mon sentiment de frustration que nos imaginaires soient colonisés par défaut par des protagonistes masculins***, mon sentiment d’exclusion du commun, le masculin étant considéré comme le neutre et donc l’universel.

Et pourquoi pas ?!

Donc, collectivement, en dépassant chacun nos propres intérêts immédiats, pouvons-nous envisager un intérêt général qui accepterait l’effort d’adaptation nécessaire, ceci pour répondre au besoin d’intégration et d’acceptation de certaines personnes, qui par ailleurs proposent des modalités ? Il est juste question de montrer au quotidien que les femmes font bien partie du commun et que des réflexes d’exclusion ne s’installent pas involontairement par ce que produit le langage.

Il ne s’agit pas d’une lutte contre le masculin, juste une demande de partager la place dans le théâtre des mots…

Donc je suis pour l’expérimentation, je m’y essaye, et honnêtement, on s’y fait !!

* oui c’est comme ça qu’on dit ceux qui ne changent pas au féminin et au masculin, par exemple sévère / sévère 😉

** caractère existant sur les anciennes machines à écrire, trouvable par exemple avec la combinaison 00B7 suivi de Alt+C sur votre clavier d’ordinateur

*** illustration par le dessin… « dans les livres pour enfants, les jeunes garçons sont dessinés de manière asexuée, donnant du sexe masculin la représentation du sexe par défaut. Dès l’âge de 5 ans, les enfants ont intégré cette représentation. En effet, dans une recherche, des enfants ont eu pour tâche de donner des prénoms à des illustrations issues de la littérature enfantine et représentant des enfants dessinés de manière asexuée. Les enfants interrogés, les garçons comme les filles, ont très majoritairement attribué le sexe masculin à ces personnages » http://mediatheque.seine-et-marne.fr/library/Sexisme-Litterat-Enfants